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    MJ/EM, UF, PDI, Protéine… Comment utiliser ces informations en pâturage ?

    Les systèmes de modélisation de l’alimentation des ruminants

    Pouvoir modéliser l’alimentation des animaux d’élevage est un objectif qui a longtemps été recherché, de manière à pouvoir calculer et prévoir la nourriture nécessaire pour atteindre un niveau de production donné sans gaspillage. Cela permet ensuite d’estimer les coûts d’alimentation ou bien la production qui sera possible, selon la quantité et la qualité des fourrages disponibles.
    Divers systèmes de modélisation de l’alimentation des ruminants ont ainsi été créés. Ils sont basés sur des approches différentes et sont pertinents dans des contextes différents. On va ici présenter les principaux systèmes utilisés en France et en Nouvelle-Zélande, pays des pâtures s’il en est un.
    Ces systèmes distinguent toujours l’apport d’énergie de l’alimentation et l’apport d’azote par les protéines, qui sont deux composants majeurs de la production des ruminants.

    Les apports d’énergie

    Pour parler de l’énergie apportée par un aliment ou un fourrage, il faut distinguer de quelle énergie on parle : l’énergie totale contenue dans l’aliment, mesurable en brûlant celui-ci, l’énergie digestible, l’énergie utilisée par l’animal ? Les termes que l’on rencontre le plus souvent sont les suivants :

     énergie brute : énergie totale contenue dans l’aliment, que l’on peut mesurer en laboratoire en brûlant une quantité connue d’aliment et en mesurant la chaleur dégagée.

     énergie digestible : énergie d’un aliment calculée après des essais de digestibilité. C’est l’énergie brute moins l’énergie contenue dans les fèces, soit 50 à 85 % de l’énergie brute.

     énergie métabolisable (EM, ou ME en anglais) : énergie des aliments digérés, soit l’énergie brute de la nourriture moins les pertes d’énergie dans les fèces, les gaz éructés, l’urine.
    Elle représente 40 à 70 % de l’énergie brute.

     énergie nette : énergie métabolisable moins l’énergie liée à la digestion perdue sous forme de chaleur. C’est la portion d’énergie ingérée qui contribue à couvrir les dépenses d’entretien et de production de l’animal : viande, graisse, lait, etc.

    Le schéma ci-dessous synthétise les différents termes utilisés pour décrire l’énergie que contiennent les aliments des ruminants.

    En France, on utilise ainsi couramment les Unités Fourragères (UF) pour décrire l’apport énergétique d’un aliment. Une UF correspond à la valeur énergétique d’1 kg d’orge, soit en matière d’énergie nets 1700 kcal (kilocalories) = 7,11 MJ (mégajoules) pendant la lactation (on parle alors d’UF lait ou UFL) ou 1820 kcal = 7,61 MJ à l’engrais (on parle alors d’UF viande ou UFV). Les unités fourragères ont été définies pour être plus parlantes que les unités classiques de mesure d’énergie (calories, joules) : il est apparemment plus facile de se représenter l’apport énergétique d’un kilogramme d’orge que celui de 7,5 mégajoules pour ensuite comparer la valeur d’une praire en constante évolution ?


    Il est très difficile de comparer la valeur de sa prairie avec de l’orge. Cependant, la différence de valeur énergétique entre une UFL et une UFV pour le même aliment vient complexifier cette volonté de simplicité… Dans les pays anglophones et particulièrement en Nouvelle-Zélande, l’apport énergétique des aliments est décrit en mégajoules d’énergie métabolisable par kilogramme de matière sèche (MJEM/kgMS ou MJME/kgDM en anglais). On n’a pas ici la même approche qu’avec les unités fourragères : la clarté scientifique est favorisée. Parler d’énergie métabolisable plutôt que d’énergie nette n’est pas une différence majeure, dans la mesure où celles-ci ont des valeurs relativement proches (seule l’énergie de la chaleur liée à la digestion les distingue). Exprimer les résultats en mégajoules plutôt qu’en « quantité d’énergie apportée par un kilogramme d’orge » (unités fourragères) permet en revanche de s’affranchir des différences de métabolisme entre des ruminants à l’engrais ou en lactation : la valeur énergétique se réfère à l’aliment et non à l’animal qui le consommera. Il est aussi plus simple de mesurer la valeur d’un aliment donné sans en plus avoir besoin de le comparer à 1kg d’orge. Ceci est surtout vrai en pâturage, car la valeur dépend de la composition végétale, de la saison, du stade physiologique…
    Le schéma ci-dessous synthétise les deux manières de représenter l’énergie que contient l’alimentation des ruminants.

    ENERGIE AZOTE

    Quelle que soit l’unité choisie pour représenter l’énergie d’un fourrage ou d’un aliment, il est difficile de dire qu’une est meilleure que l’autre : elles sont différentes et sont utilisées dans des pays différents. L’important est d’avoir en tête des références suffisantes pour savoir si une valeur énergétique (qu’elle soit exprimée en UF ou en MJ d’EM) est bonne ou non et comment l’interpréter.

    Un manque d’information

    Chez PâtureSens, nous préférons utiliser le système d’énergie métabolisable pour plusieurs raisons notamment :
    – il existe des milliers de données sur les besoins énergétiques au pâturage provenant des pays herbagers pour estimer visuellement la valeur en MJEM / kgMS d’une praire en fonction de son évolution et de sa composition.
    – les besoins en énergie des différentes classes de cheptel au pâturage sont maintenant mesurés depuis quelques décennies en Nouvelle-Zélande, nous permettant d’utiliser des valeurs éprouvées.
    – utiliser l’énergie métabolisable permet de rationner la quantité de matière sèche allouer par jour au cheptel et de projeter des objectifs de performance en fonction des besoins d’une part et de la valeur des pâturages d’autre part. Ceci est indispensable lorsque l’on gère différent niveau d’alimentation et des fluctuations saisonnières.

    À la fin de cet article vous retrouverez un exemple concret de l’utilisation de ces valeurs pour allouer la ressource ...

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    SHANE BAILEY
    SHANE BAILEYhttp://www.paturesens.com
    Consultant en production animale en système herbager. Élevé à l’herbe en plein air ovin et bovin, j’ai grandi entre le sud de la France et la Nouvelle-Zélande (Les Corbières, Hautes-Alpes, Canterbury, Waikato et le Wairarapa). Le pâturage est une histoire de famille. En 2015, mon frère et moi reprenons PatureSens, l'entité de conseil de John notre père qui lui retourne exploiter. En 2018 nous créons www.paturevision.fr pour répondre aux besoins spécifiques mais aussi qualitatif des agriculteurs.

    REDACTEUR

    SHANE BAILEY
    SHANE BAILEYhttp://www.paturesens.com
    Consultant en production animale en système herbager. Élevé à l’herbe en plein air ovin et bovin, j’ai grandi entre le sud de la France et la Nouvelle-Zélande (Les Corbières, Hautes-Alpes, Canterbury, Waikato et le Wairarapa). Le pâturage est une histoire de famille. En 2015, mon frère et moi reprenons PatureSens, l'entité de conseil de John notre père qui lui retourne exploiter. En 2018 nous créons www.paturevision.fr pour répondre aux besoins spécifiques mais aussi qualitatif des agriculteurs.

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