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    Une transition vers le 100 % herbe en deux phases

    En Centre-Bretagne, en 2014, Gildas Urvoy a entamé une transition pour gagner en autonomie alimentaire. Un grand coup d’accélérateur a ensuite été donné il y a deux ans : l’éleveur a décidé de faire muter le système au plus vite pour produire du lait bio, avec des vêlages groupés et 100 % d’herbe. Cela afin de réduire le temps de travail et augmenter l’EBE.

    Main-d’œuvre : 1 unité
    SAU : 43 ha à 100 % en herbe, dont 33 ha accessibles au pâturage pour les vaches laitières
    Troupeau : 54 vaches dont 90 % prim’holstein en cours de croisement jersiaise néo-zélandaise et 10 % de pie rouge
    Certification bio prévue en décembre 2021
    Pâturage : 66 ares par vache
    Objectif de production pour 2022 : 280 000 litres de lait
    Objectif d’organisation : 4000 litres de lait avec deux traites par jour, 60 à 70 vaches, et fermeture de la salle de traite de fin décembre à fin février

    Gildas Urvoy est installé depuis une vingtaine d’années à Loudéac, en plein Centre-Bretagne. A l’origine, son système était basé sur l’ensilage de maïs et il produisait 330 000 litres de lait avec des prim’holstein à 8500 litres : « J’ai eu jusqu’à 18 ha de maïs, avec un rendement de 12 à 13 tonnes de MS/ha. La place du pâturage était descendue à 12 ares par vache pour une production de 8500 litres de lait. A un moment, le coût alimentaire était monté à 115 euros, avec des problèmes sanitaires (leucocytes). En 2014, j’ai remis en question ce système d’élevage qui ne fonctionnait plus sur le plan économique. »

    Gildas entame alors des changements pour améliorer son autonomie alimentaire. Il a commencé par introduire du trèfle violet dans son assolement. Il a aussi implanté un couvert d’avoine entre deux maïs, puis il a découvert les méteils : « Je n’avais peut-être que 5 tMS/ha avec ces méteils au lieu des 8 attendues, mais en travaillant avec des semences fermières et en obtenant jusqu’à 20 % de MAT, c’était un résultat intéressant. »

    En parallèle, Gildas est passé de 12 à 18 ares de pâturage par vache laitière. Il s’est intéressé de plus en plus aux techniques de pâturage et, en faisant des recherches, il a découvert le pâturage tournant dynamique en 2017.

    Le lendemain d’une réunion animée par Pâturesens, motivé à bloc, il s’est mis à clôturer ses paddocks. Mais le changement de système ne se fait pas d’un claquement de doigts.
    Il a commencé son déprimage avec beaucoup de « matière morte » dans ses prairies, qu’il a fallu pâturer. Les vaches qui gueulent dans leurs paddocks, le lait qui baisse, alors que les factures continuent de tomber… Gildas se rappelle très bien cette époque. Alors qu’il est sûr du bien-fondé de ses choix, les nerfs sont mis à rude épreuve : « Il y a eu une grosse perte économique due au changement de système. Pourtant, j’avais surtout du matériel d’occasion ou amorti, mais des emprunts couraient et j’ai produit moins de lait. » Il a même connu un épisode de grand découragement en 2018 : « Au moment de la naissance de ma dernière fille, j’avais pris un remplaçant et ça s’est très mal passé. J’étais complètement découragé en retrouvant l’élevage avec énormément de travail à refaire, j’avais décidé de vendre la ferme et de travailler en tant que salarié. »

    Mais ça ne s’est pas passé ainsi. Gildas a trouvé un soutien salutaire auprès d’éleveurs bretons qui se lançaient en même temps que lui dans le même type de système. Il a alors accéléré la mutation de son système début 2019 : « C’est là que j’ai décidé de passer en tout herbe, avec vêlages groupés et conversion au bio. Et je ne regrette pas du tout ! »

    La deuxième et surtout la troisième année, l’éleveur a vu ses prairies évoluer. Les animaux étaient habitués à la conduite en pâturage tournant dynamique et les charges ont parallèlement baissé. Au bout de quatre ans de transition, il n’a plus de cultures, tout est en herbe. Il n’achète plus de correcteur et il en a fini avec les semis de prairies pour cette année : les charges continuent de baisser.

    Aujourd’hui, les vaches pâturent en paddocks de 24 heures (18 kg d’herbe par vache et par jour) et le chargement est à 66 ares de pâturage par vache laitière, une surface qui va diminuer car le nombre de vaches va augmenter. Son stock d’entrée est de 2 800 kg MS/ha.

    Tous les lundis matin, Gildas fait le tour des parcelles avec son herbomètre électronique et complète ces mesures avec son œil et son expérience. Il établit alors sa conduite pour la semaine : « Je sais où je vais pour toute la semaine, avec une vision sur les semaines suivantes. Ce n’est donc pas une source de stress. » Gildas Urvoy a retrouvé la passion de son métier. Il avoue même trouver cela grisant, car il voit que ça fonctionne. Le sol se régénère de mieux en mieux et il y a encore beaucoup de progrès possibles.

    Gildas a réussi à grouper les vêlages en deux ans. Il a continué à traire ses vaches pour décaler la reproduction, avec à la clé une bonne descente du niveau de leur production. Mais il n’était pas question d’acheter des vaches pour limiter les risques sanitaires. Gildas avait aussi à cœur de conserver la génétique travaillée depuis 20 ans et par ses parents avant lui. L’année prochaine, les vêlages auront lieu de fin février à la première quinzaine d’avril. Il y aura six vaches de plus à traire. Le groupage des vêlages est aussi, pour lui, une clé pour améliorer les résultats techniques : « J’ai travaillé en élevage de porcs et j’ai bien compris l’intérêt d’avoir des lots d’animaux homogènes pour rationaliser le travail et avoir une conduite plus précise. »

    La salle de traite 2×6 fermera pour la première fois à la fin de l’année, du 15 ou 20 décembre à fin février : « Ce sera vraiment une période de décompression dans le travail. Les vaches taries et en bâtiment recevront juste de l’enrubannage de prairie sans trèfle et du foin. »

    En même temps, dans la logique de ce système 100 % herbe et vêlages groupés, il a commencé, en 2020, à croiser progressivement ses prim’holstein avec de la jersiaise néo-zélandaise : « Depuis cette année, pour mon renouvellement, j’insémine avec des doses sexées femelles et quelques doses conventionnelles. J’augmente de 12 génisses par an le nombre de kiwis. Je ne vais pas réformer plus vite mes vaches qui produisent bien. » Deux taureaux limousins assurent la reproduction pour les autres vaches et leurs veaux sont vendus à l’âge de trois semaines.

    Ses douze génisses de renouvellement partent en pension chez son voisin à l’âge de trois mois et Gildas les récupère à l’âge de vingt-trois mois : « Je préfère faire un maximum de lait sur mes surfaces », explique-t-il. Il cherche à récupérer quelques hectares accessibles pour les laitières supplémentaires. Gildas continue de donner aux génisses de trois mois un repas de lait de 3 litres par jour, en plus du pâturage, jusqu’à ce qu’elles atteignent l’âge de six mois.

    Quand la transition vers la kiwi sera finie, Gildas prévoit de produire environ 4 000 litres par vache avec deux traites par jour : « Ça ne me fait pas peur de monter à 60 voire 80 vaches dans ce système, en étant seul sur l’élevage. Les vaches sont moins fragiles. J’ai connu quatre mammites dans l’année, par exemple. On craint moins les problèmes métaboliques. » Passer à une seule traite n’est pas d’actualité, mais pas inenvisageable non plus : « Il faudrait trouver dix autres hectares accessibles pour monter à 80 vaches et passer en monotraite, à 3500 litres de moyenne par vache. Il me faut produire 280 000 litres de lait. »

    Gildas a encore un îlot de huit hectares de prairies qui n’est pas accessible aux vaches laitières, car pour l’instant valorisé par des fauches et le pâturage des taureaux et des vaches de réforme. Concernant les paddocks des vaches laitières, un îlot de 5,8 ha de prairies naturelles de qualité médiocre est en train d’évoluer, après quatre ans de pâturage tournant dynamique, vers un couvert de meilleure qualité : l’agrostis disparaît, des trèfles, du lotier, de la vesce repoussent, alors qu’il y avait des ronces sur ces parcelles qui n’étaient fauchées qu’une fois dans l’année par l’éleveur qui les exploitait auparavant. Les autres parcelles ont été ressemées progressivement depuis sept ans, avec au départ des mélanges du commerce à dix plantes (plusieurs ray-grass, de la fétuque, de la fléole, différents trèfles). Gildas compose maintenant ses propres mélanges avec plus de fétuque et moins de ray-grass, pour avoir une meilleure stabilité de production au cours de la saison.

    Par ailleurs, sur 4,20 ha, a été implanté un mélange d’été à base de deux luzernes (Luzelle et Galaxy) avec de la fléole, du RGA, du trèfle violet, du trèfle blanc nain et 1 kg de plantain. En 2020, cette parcelle a été déprimée en avril, fauchée deux fois, puis pâturée de fin juin à début octobre : « Cet été, on a eu deux orages : 40 mm puis 25 à 30 mm, et on a eu de l’herbe tout l’été. » Une nouvelle parcelle similaire de 3,8 ha a été semée cette année (avec seulement 0,5 kg de plantain) : « Je pense compter sur 25 jours de pâturage d’été avec ça. Cela permet aussi de faire souffler les autres parcelles. »

    Ses sols sont très hétérogènes, certains assez argileux et lourds avec des parcelles très humides, et d’autres pratiquement sur la roche mère : « Mes bonnes parcelles au potentiel de 100 qx ont été échangées avec un voisin pour améliorer le parcellaire de pâturage, qui est passé de 13 à 33 hectares », raconte Gildas. Tout est dit !

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