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    Passer de 6 ha d’herbe à la reprise de l’exploitation à 130 ha de prairies accessibles en 2021

    Élevage Daniel dans le Finistère : les vaches pâturent plus de 360 jours par an

    Jérôme Daniel, installé en bio dans le Finistère, avait déjà une conduite assez pointue du pâturage. Il affine encore avec le pâturage tournant dynamique sa valorisation de l’herbe. Les vaches pâturent plus de 360 jours par an, et le niveau de production est assez élevé. Le système s’articule sur trois leviers : une très grande surface accessible aux vaches, une autochargeuse, et le recours à une ETA pour les chantiers d’enrubannés.

    • 160 ha dont 130 ha accessibles aux vaches laitières, 20 ha de maïs (15 à 17 en ensilage et le reste en grain), 5 ha de méteil grain et 10 ha de lupin bleu.
    • 100 vaches dont 60 holsteins, 30 Jersiaises et 10 pie-rouges
    • moyenne d’étable : 7 500 kg en Prim’Holstein et 5 000 kg en Jersiaise
    • 400 kilos de concentrés en moyenne (lupin cultivé sur l’élevage)

    Jérôme Daniel s’est installé hors cadre familial en 2014, sur une exploitation où tout était à refaire. Il n’y avait que 6 ha d’herbe. « J’ai commencé par semer 20 ha de prairies, et puis ça ne s’est plus arrêté » raconte-t-il. Le passage en bio est alors une question dans l’air, mais le chemin pour y arriver n’est pas arrêté, et l’éleveur avance en fait petit à petit vers toujours davantage d’herbe dans le système fourrager.

    Il conduit un bon troupeau Prim’Holstein et quelques vaches Pie Rouge ont intégré l’élevage – dont l’une d’entre elles, Dan’s Jonquille, a fait souche et est présentée en concours à haut niveau. En parallèle dès 2015, six Danoises ont été achetées et les premières jersiaises sont arrivées en partenariat avec le Gaec Pen-ar-Vern à Collorec « pour améliorer la valorisation de l’herbe ». L’objectif est aujourd’hui d’arriver à 70 % de Jersiaises.

    Les pâtures sont quasiment exclusivement en ray-grass anglais et trèfle blanc, ce qui marche très bien dans le Finistère, avec un tout petit peu de fétuque dans certaines parcelles. « On est arrivés maintenant à 130 ha accessibles aux vaches laitières grâce à des reprises de parcelles et surtout des échanges », raconte-t-il.

    « Maintenant 80 % des paddocks sont alimentés par un réseau de distribution de l’eau, il reste seulement 20 ha où il faut amener de l’eau l’été à cause du dénivelé (l’hiver la pompe fonctionne). »

    Pour délimiter les paddocks sont utilisés des piquets en fibre de verre avec un fil, et sur le pourtour des champs ce sont des piquets BLS qui ont été choisis. Jérôme Daniel utilise un enrouleur démultiplicateur pour enlever et reposer les fils. Il a aussi créé des chemins mais il arrive aussi d’en retrouver. « Sur les indications des anciens qui connaissaient les fermes, nous avons retrouvé sous la prairie un chemin qui était utilisé au début XXe siècle. On l’a juste dégagé avec un tractopelle. On a aussi constitué un talus boisé pour couper une parcelle de 10 ha en deux. »

    Le pâturage était déjà conduit en paddocks journaliers. Mais quand Jérôme a rencontré Florent et Agathe de Pâture Sens, il y a trois ans, il a changé son organisation. « On voulait aller plus loin dans la précision. Avant, on faisait environ trois repas par paddocks, et désormais 1 paddock = 1 repas. Et nos paddocks étaient un peu trop grands : on a tout réduit pour limiter au maximum la possibilité pour les holsteins de trier. C’est fini, elles ne trient plus ! »

    Jérôme fonctionnait aussi auparavant avec un bloc de jour et un bloc de nuit. Il ne fait plus comme ça pour coller au mieux à l’évolution de la pousse. Et globalement il a rallongé le cycle, avec 21 à 55 jours de retour.

    Il se rappelle bien que cela fait un peu peur au début. « Sans conseil, on ne mettrait jamais une telle pression, on pense que les vaches n’auront pas assez à manger. Mais au bout d’un mois et demi, on a vu la production de lait augmenter, avec des taux qui se tenaient… On s’est dit ça marche ! ».

    Si auparavant il hésitait à sauter des paddocks, ce n’est plus le cas. « Tous les paddocks sont fauchés au moins une fois par an. Parfois, on fait deux rounds par hectare, et certains ne comprennent pas pourquoi, en rapport au coût de mécanisation. Mais pour nous, cette fauche est valable parce qu’elle redynamise les pâtures. On fauche surtout des excédents, ou bien les surfaces souillées » Après un passage à l’autochargeuse, la qualité est restaurée pour le passage suivant.

    « On a les trois leviers pour optimiser au maximum la valorisation de l’herbe : l’accessibilité, une entreprise de travaux agricoles très performante, équipée avec une combi presse depuis longtemps, qui vient faire de l’enrubanné très facilement, et une autochargeuse propriété de la ferme. »

    Si bien qu’en 2020, les vaches ont pâturé 365 jours sur les 366 jours de l’année. Le pâturage des prairies intervient de mi-février à Noël et le reste du temps, les vaches sortent au moins quatre heures par jour sur des pâtures ou sur du colza fourrager (implanté derrière lupin et orge de printemps).

    « L’hiver, j’agrandis la taille des paddocks ce qui permet d’aller un peu plus loin. » Une partie des sols sont très séchants. Et de l’autre côté de l’exploitation, il y a aussi des sols très lourds et humides qui sont bien pour l’été. « On fait en sorte de laisser deux mois de repos. »

    Le pâturage est aussi très développé pour les veaux et les génisses. Les 40 génisses de l’année sortent à l’herbe à l’âge de deux mois en général. Le lot de celles âgées de trois à dix mois a accès à du maïs grain et à un bloc où elles changent de paddocks tous les quatre à cinq jours. Le lot des 20 génisses en phase de reproduction tourne sur le bloc qui est autour des bâtiments, elles sont équipées d’un détecteur de chaleurs dont la balise est installée à l’intérieur – et elles tournent sur huit paddocks, avec un retour tous les 40 jours à peu près. Enfin le lot des 20 génisses pleines tourne lui aussi sur huit paddocks.
    Dix hectares de pâtures sont semés chaque année. Le fumier est épandu essentiellement sur les prairies. « On voit son effet sur l’activité du sol, par rapport aux parcelles qui n’en ont pas reçu depuis trois ans. Très peu de fumier va sur le maïs. »

    L’ensilage de maïs représente en hiver à peu près la moitié de la ration (7 à 8 kgMS/jour). « En bio, on obtient le même rendement qu’en conventionnel. » Pour complémenter l’ensilage de maïs, Jérôme Daniel a choisi le lupin bleu, dont la variété employée se plait très bien chez lui avec ses sols légèrement acides. « Il donne 30 à 35 qx à 30 % de MAT – analyse de labo et pesée de chaque remorque à l’appui. On atteint l’autonomie et une ration bien équilibrée avec un tout petit peu d’orge. »

    Il cultive aussi un méteil grain pour les veaux jusqu’à six mois, composé d’épeautre, pois et féverole. Et deux hectares de betteraves fourragères.

    « C’est difficile à faire en bio. On fait un premier passage avec une bineuse en 50 sur la ligne, puis un passage d’une binette entre chaque plan de betterave (sur une semaine, on s’y met à trois ou quatre pendant deux à trois heures par jour), puis on repasse une fois la bineuse. La première année on a récolté 9 tonnes et cette année ça a très bien marché : on a récolté 17 tonnes. Tous les ans on s’améliore. On est plusieurs éleveurs bio dans le secteur et on parle plus de nos échecs que de nos réussites, ce qui nous permet d’avancer. »

    Les vêlages sont groupés pour 40 à 50 % sur les mois de février et mars, et pour 20 à 30 % sur les mois d’août et septembre le reste étant réparti sur les autres mois de l’année.

    « La valorisation du lait est intéressante avec des vêlages d’été et nous avons des taux assez haut. » En Jersiaise, la moyenne d’étable est à 5 000 kg avec un TP proche de 40 et un TB de 60, avec beaucoup de primipares dans le lot. Et en Holstein, au dernier contrôle, l’élevage se situait à 8 000 kg. Le seul concentré distribué aux vaches, ce sont les 400 kg de lupin. « Notre système est un peu inclassable», commente Jérôme, amusé.

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