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    La note d’état corporel : un outil simple pour améliorer les performances ovines !

    Introduction

    En élevage bovin laitier, la note d’état corporel (NEC) des vaches est souvent mesurée à des moments clés de leur cycle, pour maîtriser les performances de reproduction et de lactation. Elle est alors utilisée comme indicateur pour ajuster l’alimentation de chaque vache en fonction de ses besoins. En élevage ovin, l’utilisation de cet outil simple est plus anecdotique, mais comme pour les vaches laitières, l’état corporel des brebis aux moments importants de la saison est un indicateur de leurs performances. 

    Intérêt de la note d’état corporel en élevage ovin

    L’évaluation de la note d’état corporel par palpation est un outil simple et peu cher, parfaitement complémentaire à la pesée. Cette dernière est une option intéressante pour le suivi des performances des animaux en croissance, afin d’évaluer leur GMQ. Cependant, son efficacité devient plus discutable au stade adulte. En effet, on observe une grande variabilité de poids chez les brebis en fonction de la race, de la taille, de l’état de remplissage du rumen et du stade de gestation. Une brebis légère sur la balance peut être maigre et grande ou petite et trapue. La gestion n’est pas la même dans un cas ou dans l’autre. L’utilisation de la NEC permet, elle, de connaître avec certitude l’état des brebis. Pour un œil entraîné, une évaluation visuelle est possible jusqu’à 6 semaines après la tonte. Au-delà, la couverture de laine cache les variations d’état corporel des brebis et la palpation est nécessaire.

    L’intérêt de la NEC est expliqué par le vétérinaire Trevor Cook dans cette vidéo (en anglais) réalisée par Beef+Lamb NZ. Les NEC de 49 brebis sont évaluées et celles dont la note est inférieure à 3 sont marquées. Visuellement, il n’aurait pas été possible d’évaluer l’état des brebis à cause de l’épaisseur de laine. À la pesée, le poids moyen des brebis, soit 62,7 kg, n’aurait pas non plus attiré l’attention de l’éleveur. Cependant, l’évaluation de la NEC a mis en évidence que 15 brebis (soit un tiers du lot !) sont trop maigres, avec une NEC inférieure à 3, et nécessitent une alimentation particulière. L’hétérogénéité du lot est confirmée par une pesée individuelle des brebis, qui montre que la plus légère (45 kg) est deux fois moins lourde que la plus grosse (89 kg).

    Comment mesurer la note d’état corporel ?

    La NEC consiste à mesurer le niveau de réserves corporelles des brebis. Pour cela, on palpe les dépôts graisseux situés directement sous la peau, dans les régions lombaire et pelvienne (arrière du dos, entre les côtes et le bassin). Il s’agit d’attribuer une note de 1 à 5 grâce à l’utilisation d’une échelle standardisée. La note de 1 correspond à une brebis d’extrême maigreur, alors que la note de 5 correspond à une brebis trop grasse (ces deux notes extrêmes sont rarement attribuées).

    Pour noter l’état corporel d’une brebis, il faut placer la main après la 13e côte, appuyer avec le pouce sur l’épine centrale des vertèbres et aller avec les autres doigts sous les lames latérales des vertèbres (processus transverses), comme sur la photo ci-dessous.

    nec brebis etat corporel

     

    En appuyant avec le pouce et les autres doigts, on sent plus ou moins les os, les muscles et la couverture graisseuse. La grille standardisée ci-dessous permet de donner la note d’état corporel.

    état corporel l brebis paturage
    Grille standardisée de la note d’état corporel chez les ovins (Semaine Vétérinaire, juin 2013)

    Voici un tableau des repères pour évaluer la NEC. Ils sont basés sur l’épaisseur de muscle et de graisse perçue sous les lames latérales (processus transverses) des vertèbres.

    NEC BREBIS TREVOR COOK

    L’attribution des NEC nécessite un certain entraînement pour être rapide et fiable, et il y a toujours une part de subjectivité malgré la grille standardisée. Il est donc préférable qu’un lot soit traité par un seul opérateur. Cependant, une précision totale n’est pas forcément nécessaire pour tirer avantage de la NEC.

    Comment utiliser la NEC ?

    Des études sur la note d’état corporel ont montré une corrélation entre une NEC des brebis supérieure à 3 à la lutte et à l’agnelage et une amélioration de leurs performances (et donc de la rentabilité de l’exploitation). 

    Les brebis qui ont une NEC de 3 à la lutte présentent de meilleures performances de reproduction (fécondation dès le premier cycle, prolificité) et ont de meilleurs agneaux (poids vif à la naissance et au sevrage, survie).

    En dessous de 3, chaque demi-point perdu par une brebis 4 semaines avant agnelage réduit le taux de survie de l’agneau de 5 %. À l’agnelage, une brebis avec une NEC de 3,5 produit deux fois plus de colostrum qu’une brebis avec une NEC de 2,5. 

    Identifier et gérer les brebis en « queue de lot » qui ont une NEC inférieure à 3

    L’amélioration des performances des brebis n’est pas linéairement proportionnelle à l’augmentation de la NEC : il n’est pas avantageux d’augmenter la NEC des brebis au-delà d’une note de 3. L’important est de se concentrer sur l’amélioration de l’état corporel des brebis notées en deçà de ce seuil. En termes de gestion, cela signifie qu’il est intéressant de trier les brebis par état corporel.

    • Brebis avec une NEC inférieure à 3 : il faut augmenter leur NEC jusqu’à 3 pour accroître leurs performances à la lutte et à l’agnelage. Pour qu’une brebis passe d’une NEC 2 à 3, on estime qu’il faut qu’elle ingère environ 30 kg de MS supplémentaires et qu’elle augmente son poids vif de 7 à 9 kg. Ce lot de brebis légères sera donc prioritaire puisque leurs besoins sont supérieurs aux simples besoins d’entretien. Elles doivent grossir. Le lot se verra donc attribuer les prairies de qualité supérieure et sera idéalement conduit en plusieurs petits lots pour limiter la concurrence.
    • Brebis avec une NEC supérieure à 3 : les besoins de ces brebis se limitent aux besoins d’entretien. Elles peuvent être conduites en un grand lot et se voir attribuer l’alimentation de moindre qualité. Il faut juste être vigilant à ne pas trop les pénaliser pour ne pas engendrer une détérioration de leur état corporel.
    • Brebis avec une NEC autour de 3 : ce lot est facultatif et peut être intégré au lot des brebis en bon état. Cependant, si les ressources fourragères sont suffisantes, il est intéressant d’améliorer légèrement leur état.

    Intégrer l’évaluation de la NEC dans le fonctionnement de l’exploitation

    L’évaluation de la NEC peut être intégrée facilement dans le fonctionnement d’une exploitation.

    Pour une exploitation basée sur l’herbe, les besoins des ovins sont calés sur la croissance des prairies. La lutte se déroule en fin d’été, au moment où, en cas de sécheresse, les ressources sont rares et pauvres. Le sevrage est alors le moment opportun pour évaluer l’état des brebis et les trier en 2 ou 3 lots. Il est indispensable d’être prévoyant et d’avoir suffisamment de nourriture pour améliorer l’état des brebis trop légères et en présenter un maximum en état correct à la lutte. 

    Une évaluation de l’état corporel des brebis lors de l’échographie permet de faire un bilan de leur état avant agnelage, pour les trier et favoriser les brebis légères et gestantes de jumeaux qui ont des besoins plus importants que les autres. Ce contrôle à l’échographie permet d’avoir assez de temps pour améliorer l’état des brebis les plus légères avant la période critique de 35 jours avant agnelage.

    Le schéma ci-dessous synthétise quand et pourquoi évaluer la NEC des brebis.

    À retenir !

    La note d’état corporel, qui estime le dépôt adipeux sous la peau, est un outil simple et peu cher qui permet d’améliorer les performances des brebis et la rentabilité de l’exploitation. Pour être attribuée efficacement, la NEC nécessite une palpation dorsale des brebis, cependant il est inutile de l’évaluer avec précision. Il s’agit plutôt de jauger l’état de chaque brebis par rapport au seuil de la NEC 3. Le tri des brebis selon leur NEC permet de prioriser les plus légères, dont les besoins sont plus importants, en leur mettant à disposition l’alimentation de meilleure qualité. Évaluer la NEC des brebis au sevrage permet d’adapter la gestion de l’alimentation pour amener un maximum de brebis avec une NEC de 3 à la lutte et ainsi améliorer les performances de reproduction. De même, l’évaluation de la NEC lors de l’échographie et l’ajustement de l’alimentation permettent d’avoir un maximum de brebis en bon état à l’agnelage et d’améliorer la survie des agneaux.

    Sources

    Beef + lamb New Zealand, 2013, Ewe body condition scoring (BCS), Handbook, http://www.beeflambnz.com/Documents/Farm/Ewe%20body%20condition%20scoring%20handbook.pdf, consulté le 8 juin 2015

    Beef + lamb New Zealand, 2015, Ewe body condition scoring (BCS), Workshop, avec l’intervention de Trevor Cook, Te Awe Awe station, le 20 mai 2015

    Beef + lamb New Zealand, 2015, Soil Health & Animal Health – The essentials for production, avec l’intervention de Trevor Cook, Frasertown Tavern, le 28 mai 2015

    Beef + lamb New Zealand, 2013, Practical demonstration in the yards, https://www.youtube.com/watch?v=CrWQJ7B-ZMQ, consulté le 8 juin 2015

    La Semaine vétérinaire, juin 2013, Evaluation de l’état corporel des brebis : grille de notation, Production animales/ovins, Formation, num 1546, 28 juin 2013, http://www.agrireseau.qc.ca/documents/Document_89413.pdf

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    SHANE BAILEY
    SHANE BAILEYhttp://www.paturesens.com
    Consultant en production animale en système herbager. Élevé à l’herbe en plein air ovin et bovin, j’ai grandi entre le sud de la France et la Nouvelle-Zélande (Les Corbières, Hautes-Alpes, Canterbury, Waikato et le Wairarapa). Le pâturage est une histoire de famille. En 2015, mon frère et moi reprenons PatureSens, l'entité de conseil de John notre père qui lui retourne exploiter. En 2018 nous créons www.paturevision.fr pour répondre aux besoins spécifiques mais aussi qualitatif des agriculteurs.

    REDACTEUR

    SHANE BAILEY
    SHANE BAILEYhttp://www.paturesens.com
    Consultant en production animale en système herbager. Élevé à l’herbe en plein air ovin et bovin, j’ai grandi entre le sud de la France et la Nouvelle-Zélande (Les Corbières, Hautes-Alpes, Canterbury, Waikato et le Wairarapa). Le pâturage est une histoire de famille. En 2015, mon frère et moi reprenons PatureSens, l'entité de conseil de John notre père qui lui retourne exploiter. En 2018 nous créons www.paturevision.fr pour répondre aux besoins spécifiques mais aussi qualitatif des agriculteurs.