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    Fertilisation azotée : plus d’herbe à manger ou à gaspiller ?

    La fertilisation azotée pour stimuler ponctuellement la pousse de l’herbe

    La fertilisation azotée joue principalement sur le rendement des prairies. Dans une moindre mesure, elle aura un rôle sur la qualité produite. En effet, elle tend à augmenter la concentration protéique des graminées. Cependant, il est important de rappeler que, de manière générale, les glucides sont les éléments limitants au pâturage et non les protéines. De plus, l’apport d’azote défavorise les légumineuses qui sont pourtant des espèces à développer si l’on recherche la qualité. La fertilisation azotée ne semble donc pas intéressante pour améliorer la qualité des prairies.

     

    Besoin en azote paturage tournant dynamique

    Figure 1 : Courbe de planification de l’adéquation ressource-besoin sur une exploitation néo-zélandaise (Beef + Lamb NZ). La courbe bleue correspond à la croissance journalière moyenne des prairies et la courbe rouge aux besoins journaliers moyens des animaux. Quand la courbe bleue est au-dessus, il y a un excès de ressources par rapport aux besoins. Quand la courbe rouge est au-dessus, il y a un déficit de ressources par rapport aux besoins.

    Une application d’azote au printemps a tendance à augmenter le ratio feuilles/tiges et à retarder le moment de fructification. Mais cette application augmente surtout la quantité produite par le couvert et rend donc la gestion printanière d’autant plus délicate, puisque la vitesse de croissance des prairies est naturellement rapide à ce moment-là. Sur la figure 1, on s’aperçoit qu’augmenter la production printanière engendre un excès de ressources par rapport aux besoins du troupeau. Si le pâturage ne permet pas de consommer la production supplémentaire due à la fertilisation azotée, la qualité décline. 

    Il est devenu courant d’attendre la fameuse « bonne température » pour une application d’engrais azoté, puis de se retrouver débordé d’herbe de mauvaise qualité car on ne peut pas la récolter (trop tard, trop rapide, trop d’eau pour la récolte). En outre, la fertilisation azotée peut engendrer des frais supplémentaires pour finalement récolter un produit de mauvaise qualité.

    Une application automnale semble plus appropriée. En effet, si la fertilisation azotée est faite assez tôt, elle confère au couvert une meilleure tolérance au gel. De plus, elle permet d’augmenter la production végétale automnale qui est souvent inférieure aux besoins du troupeau (figure 1). C’est donc un moyen de limiter les déficits alimentaires que les éleveurs doivent en général gérer à cette saison.

    Pour autant, dans certaines situations climatiques favorables, à savoir une pluviométrie importante, bien répartie et des températures douces, l’utilisation de fertilisation azotée après chaque action de pâturage, durant un an tout au plus, permet d’améliorer rapidement la flore d’une prairie dégradée ou en manque de densité, à condition de la consommer rapidement avec une pression animale suffisante. Souvent, cela permet d’obtenir de meilleurs résultats physiques et économiques comparé à un sursemis ou un semis.

     

    La fertilisation de fond : nourrir le sol qui nourrit les plantes

    La fertilisation de fond consiste à apporter des engrais ou amendements riches en éléments peu mobiles dans le sol : phosphore, potassium, soufre… Le sol ainsi enrichi permet un meilleur développement des plantes. La fertilisation de fond permet de compenser les exportations réalisées lors de la vente d’animaux. Parfois, elle sert seulement à augmenter la concentration d’un élément dans le sol. Cela est cependant plus coûteux et n’est justifié qu’en cas de carence. Il est donc indispensable d’effectuer des analyses préalables du sol pour apporter une fertilisation de fond adaptée. Il est important de veiller à l’équilibre entre les éléments puisqu’ils sont favorables à la croissance des légumineuses, en particulier du trèfle blanc. Ce dernier est un bon indicateur de la teneur en potassium du sol. Une forte proportion (90 %) du potassium ingéré par les ruminants est restituée dans l’urine. Si un sol est carencé en potassium, le trèfle blanc sera majoritairement localisé dans les patchs d’urine. Dans ce cas, il peut être intéressant d’apporter du potassium.

    Dans certaines situations, un chaulage du sol peut se révéler utile. En augmentant le pH du sol, on favorise la disponibilité de certains éléments minéraux, comme le cuivre et le zinc. Prenons l’exemple très commun du phosphore : à un pH inférieur à 5, celui-ci est peu disponible pour les plantes, ce qui limite leur croissance. D’autres éléments, tels que l’azote et le soufre, sont également indisponibles à un pH bas (inférieur à 5). Ces carences se répercutent sur les animaux qui pâturent et ils présentent alors des performances limitées.

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    SHANE BAILEY
    SHANE BAILEYhttp://www.paturesens.com
    Consultant en production animale en système herbager. Élevé à l’herbe en plein air ovin et bovin, j’ai grandi entre le sud de la France et la Nouvelle-Zélande (Les Corbières, Hautes-Alpes, Canterbury, Waikato et le Wairarapa). Le pâturage est une histoire de famille. En 2015, mon frère et moi reprenons PatureSens, l'entité de conseil de John notre père qui lui retourne exploiter. En 2018 nous créons www.paturevision.fr pour répondre aux besoins spécifiques mais aussi qualitatif des agriculteurs.

    REDACTEUR

    SHANE BAILEY
    SHANE BAILEYhttp://www.paturesens.com
    Consultant en production animale en système herbager. Élevé à l’herbe en plein air ovin et bovin, j’ai grandi entre le sud de la France et la Nouvelle-Zélande (Les Corbières, Hautes-Alpes, Canterbury, Waikato et le Wairarapa). Le pâturage est une histoire de famille. En 2015, mon frère et moi reprenons PatureSens, l'entité de conseil de John notre père qui lui retourne exploiter. En 2018 nous créons www.paturevision.fr pour répondre aux besoins spécifiques mais aussi qualitatif des agriculteurs.
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