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    Témoignage : comment monter une troupe ovine plein air en zone de plaine ?

    En Nord Sénonais, dans l’Aube, à côté du troupeau Ile-de-France de l’exploitation familiale, Thomas Van Melle a créé en 2016 un troupeau de 350 brebis de race Romney et croisées qu’il conduit en plein air. Le pâturage tournant dynamique est la clé de voûte de ce système. Des prairies ont été créées à cet effet, et beaucoup de couverts et de luzerne sont pâturés à l’extérieur.

    Troupeau : 380 brebis Romney et Romney x Hampshire
    Surface fourragère : 43 ha de prairies temporaires et environ 250 ha de luzerne et couverts
    Conduite : agnelage à partir du 10 mars, sevrage des agneaux en juin et vente en juillet

    Après un BTS et un séjour de deux ans en Australie et Nouvelle-Zélande, Thomas Van Melle a rejoint l’exploitation familiale qui allie un élevage de 750 brebis Ile-de-France, l’engraissement de 180 jeunes bovins, des grandes cultures et une activité d’entreprise de travaux agricoles.

    Thomas y travaille avec son père, Jean-Pierre, et son oncle, Jacques-Michel, sur de la craie et des sols limoneux argileux sur silex : « Les terres de craie ont l’intérêt de se comporter un peu comme des éponges et tiennent le vert un peu plus longtemps en été. Les sols limono-argileux sur silex retiennent mieux l’eau de l’hiver et du printemps, la végétation brûle assez vite en été. »

    Un an après son retour en France, Thomas s’est initié au pâturage tournant. Il a complété ses connaissances techniques au fil de rencontres avec des éleveurs et grâce à des échanges sur les réseaux sociaux : « J’ai commencé par faire davantage tourner le troupeau Ile-de-France, qui ne disposait que de 11 hectares de prairies autour de la bergerie. J’ai fait aussi un voyage en Nouvelle-Zélande organisé par Pâturesens en 2020, et j’ai intégré un groupe de formation de mon département avec eux, sur le pâturage tournant dynamique. »

    Quand Thomas a souhaité augmenter la taille de l’atelier ovin, c’était clairement sur cette voie qu’il voulait s’engager. Il a créé un troupeau rustique de race Romney en système plein air : « J’ai la place de rentrer tout le monde dans la bergerie en cas de nécessité. C’est d’ailleurs arrivé l’hiver dernier pour une période de trois semaines, car les conditions de pâturage se dégradaient et les disponibilités en couverts étaient très limitées. Mais l’objectif est bien que le troupeau soit au maximum dehors et pâture toute l’année. » Le lot d’agnelles est resté tout le temps dehors sur les parcelles qui portent bien.

    Thomas a semé son premier couvert et 13 hectares de prairies fin 2017, au moment où 60 agnelles Romney sont arrivées. L’année suivante, il a trouvé 130 agnelles croisées Romney x Hampshire à acheter.

    Sur le plan de la génétique, Thomas a désormais fixé ce qui est pratique pour lui et bien adapté à ses débouchés : une partie de la troupe est conduite en race pure Romney et une autre est croisée Ile-de-France avec un bélier issu de son troupeau. Enfin, il utilise de l’Hampshire (ou de l’Ile-de-France) en croisement terminal : « Il n’est pas facile de trouver des agnelles pures Romney. L’Hampshire apporte de la croissance. Et avec ce système, je n’ai pas à acheter de renouvellement à l’extérieur, ce qui réduit les risques sanitaires. »

    Cette année, 18 hectares supplémentaires de prairies ont été installés pour accompagner l’augmentation de la part du troupeau qui est conduite en plein air et décharger globalement le système. Les prairies se composent de deux variétés de RGA, d’une fétuque, de plantain et de deux trèfles blancs, semés en direct dans un blé ou une orge de printemps (le 20 avril). Par ailleurs, 4,8 hectares d’un mélange d’été (ou pour les lots à forts besoins) ont aussi été mis en place pour trois ans, en principe : du plantain et de la chicorée, avec un trèfle blanc, un trèfle d’Alexandrie et un trèfle violet, en semis direct dans une orge de printemps (le 20 avril aussi).

    L’objectif de 350 à 400 agnelages pour ce troupeau est atteint. Et maintenant ? « Wait and see ! » répond Thomas. « Il y a eu beaucoup de choses mises en place en quatre ans, je veux voir maintenant quel équilibre on pourrait trouver en croisière. »

    L’ensemble des pâtures sont conduites en techno (couloirs de 50 mètres de large) : « J’apprécie la souplesse par rapport à des paddocks, car la taille et la composition des lots sont variées chez moi. Ça peut être un lot de 100 Romney ou de 450 Ile-de-France. Je place où je veux des filets ou des systèmes à trois fils faits maison. »

    Thomas a appris à gérer la disponibilité en herbe et les performances des animaux par l’observation : « J’ai maintenant tendance, avec le recul, à me simplifier la tâche, tout en gardant un œil sur les performances. Anticiper et prévoir sont deux choses importantes dans ces systèmes, et encore plus avec les années très particulières que l’on rencontre, même si ce n’est pas facile. »

    Temps de présence par « paddock » (fil avant-fil arrière) :
    – la lutte : 24 ou 48 heures selon météo,
    – les deux premiers tiers de la gestation : 48 ou 72 heures selon météo,
    – le dernier tiers de la gestation : 48 heures,
    – l’agnelage sur 21 jours : pâturage continu,
    – la lactation : 24 ou 48 heures,
    – la phase d’entretien : 72 heures.

    L’agnelage commence le 10 mars et se poursuit début avril : « Pour l’agnelage, les brebis restent pendant 21 jours sur la même parcelle, où je place des ballots de paille pour qu’elles s’abritent. Tout se passe bien. » Cette parcelle est libérée tôt à l’automne précédent, dès octobre.

    Le sevrage intervient en juin. S’il y a de quoi les finir, les agneaux sevrés pâturent un couvert d’été ou une luzerne. Ils passent sinon quelques semaines en bâtiment pour ajuster poids et date de vente aux boucheries pour l’Aïd, en juillet. À ce moment, la priorité sur les prairies est donnée au troupeau Ile-de-France qui lutte en juin et juillet à l’herbe. Les prairies sont uniquement pâturées, mais il arrive parfois que du topping soit fait.

    Toutes les parcelles de prairie sont désormais clôturées. Les clôtures permanentes sont en HighTensile avec sept fils, dont trois électrifiés : « L’avantage dans ma région, c’est que les parcelles sont rectilignes, avec des formes très simples. » Thomas veut clôturer tous les contours de l’exploitation à long terme. Un des îlots est loué à un voisin qui, passant au bio, a cherché à allonger sa rotation en introduisant des prairies dans son assolement : « Pour celle-ci, les clôtures sont posées pour une durée de trois ou quatre ans. Des piquets fibre remplacent les piquets en Y, ça sera plus facile à enlever. »

    Concernant l’abreuvement, un réseau de tuyaux est installé près de la bergerie. Cette année, Thomas va mettre en place une pompe solaire à partir d’un puits, dont il a l’autorisation de se servir dans deux autres prairies. Pour le reste, il n’a pas d’autre solution que d’amener l’eau avec sa tonne de 5 000 litres.

    La plus ancienne prairie a souffert avec les sécheresses à répétition et des zones avaient été surpâturées précédemment : « J’ai fait un sursemis à l’automne dernier, on va voir ce que ça donne… »

    De novembre à début janvier ou courant février, les brebis pâturent des couverts ou de la luzerne sur l’exploitation familiale, mais aussi beaucoup sur des parcelles appartenant à des voisins : « Tout ce que l’on trouve. Mais on arrête la luzerne 15 à 21 jours avant la lutte. » Concernant la luzerne, celle de Thomas ou achetée sur pied, toutes les premières coupes sont enrubannées et consommées par les ovins et bovins viande. Les deuxième et troisième coupes récoltées en foin sont vendues. Les ovins valorisent les repousses d’automne. Quant aux couverts, les deux premières années, en 2016 et 2017, les résultats ont été très (trop) satisfaisants : « Ils étaient magnifiques, plus hauts que moi. » C’était la chance du débutant ? Depuis, la météo n’a pas permis de renouveler ces performances.

    Paturage sous couvert ovin

    L’exploitation vient par ailleurs de passer en bio sur la partie grande culture et les couverts ont un peu évolué : « Derrière une culture d’automne, on sème un mélange simple de colza et radis fourragers. Derrière une culture de printemps, le mélange est composé de davantage d’espèces, et c’est plus difficile de réussir à cause des conditions durant l’été. Pour la destruction des couverts après pâturage, on n’a pas l’option de la solution chimique et les conditions météo n’ont pas été bonnes ces dernières années. Pour les couverts implantés en juillet ou août, on regarde sur les plans agronomiques et économiques si ça peut passer. »

    Pour clôturer ses surfaces, Thomas utilise des « spiders » qu’il transporte avec son quad. Entre début avril et début juillet, il évite de déplacer les lots à pied dans la plaine (pour éviter les risques de piétinement des cultures sur le trajet) et utilise un camion. En revanche, après le passage des moissonneuses, il déplace ses lots avec son chien.

    Finalement, entre juin 2020 et mars 2021, environ 150 hectares de luzerne et couverts (avec un ou plusieurs passages) sur l’exploitation et à l’extérieur ont été valorisés par les ovins de Thomas.

    « On peut toujours avoir des a priori, on se dit QUE ça marche chez les autres parce qu’ils ont certaines conditions, mais QUE ce n’est pas possible ici… Jusqu’au jour où on essaie ! »

    En 2020, un lot d’agneaux a été sevré le 16 juin à un poids moyen de 32 kilos, puis engraissé sur luzerne. Les mâles ont été rentrés en bâtiment le 10 juillet à un poids moyen de 42 kilos. Ils ont été suivis par un lot « esclave » (brebis pleines pour un agnelage fin août ou début septembre). Les femelles et les plus petits mâles sont restés sur luzerne pendant l’été, jusqu’au 10 août, puis ont été rentrés en bâtiment pour simplifier le travail et être prêts à la vente.

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    MARIE GODARD
    J'ai été responsable de la formation à Paturesens pendant 5 ans, après avoir travaillé au service de remplacement lors de ma reconversion professionnelle dans le milieu agricole. Passionnée de l'humain avant tout, formée aux sciences humaines et à l'accompagnement, je propose aujourd'hui des projets pour permettre aux agriculteurs(trices) d'améliorer leurs relations au sein de la ferme, de retrouver du sens et la fierté à être agriculteur au quotidien. J'interviens également auprès des centres de formation pour sensibiliser les futurs agriculteurs et auprès de conseillers et formateurs pour améliorer leur capacité d'accompagnement. Me contacter : mg.godard@gmail.com ; 0671135119

    REDACTEUR

    MARIE GODARD
    J'ai été responsable de la formation à Paturesens pendant 5 ans, après avoir travaillé au service de remplacement lors de ma reconversion professionnelle dans le milieu agricole. Passionnée de l'humain avant tout, formée aux sciences humaines et à l'accompagnement, je propose aujourd'hui des projets pour permettre aux agriculteurs(trices) d'améliorer leurs relations au sein de la ferme, de retrouver du sens et la fierté à être agriculteur au quotidien. J'interviens également auprès des centres de formation pour sensibiliser les futurs agriculteurs et auprès de conseillers et formateurs pour améliorer leur capacité d'accompagnement. Me contacter : mg.godard@gmail.com ; 0671135119