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    Comment aller vers plus d’autonomie alimentaire en triplant la référence laitière et les vaches ? L’exemple du GAEC de la Métairie en Ile et Vilaine :

    Yohann, Benjamin et leur père Yannick Pégeault, de Gaec de la Métairie neuve à Plélan-le-Grand (Ile-et-Vilaine), ont fait muter le système d’élevage en cinq ans : triplement de la dimension économique, développement des surfaces en prairies et pratique du pâturage tournant dynamique, passage en agriculture biologique… et maintenant encore plusieurs autres aspects du système sont amenés à évoluer.

    • 140 ha de SAU dont 100 ha de prairies, 20 ha de maïs et 20 ha de triticale-pois
    • 72 ha de prairies accessibles aux vaches laitières en paddocks d’1 hectare pour deux repas sur 24 h
    • 150 vaches Holstein
    • Génisses conduites en techno
    • Production entre 900 000 et 1 million de litres de lait
    • Trois associés, une salariée, un apprenti et un stagiaire
    • Certification en agriculture biologique en novembre 2021

    Pendant une longue période, Yannick Pégeault a conduit avec son frère un système laitier productif avec quarante holsteins. « Il disposait de 22 hectares de prairies, divisés en quatre ou cinq parcelles, dont l’une entrait en rotation avec une culture. Le pâturage conduit en full grass représentait une part minime de la ration des vaches laitières, sauf sur à peu près un mois et demi au printemps » raconte Yohann son fils. Les vaches produisaient autour de 10 000 litres de lait par an et recevaient une complémentation conséquente toute l’année.

    Puis Benjamin Pégeault, le frère de Yohann, s’est installé avec Yannick sur l’exploitation en 2015 en reprenant une ferme voisine. Yohann les a rejoints peu après. Les deux frères étaient motivés à améliorer l’autonomie alimentaire en évoluant vers un système beaucoup plus herbager. Tout en triplant la référence et le nombre de vaches. Yannick leur a fait confiance petit à petit pour cette mutation.

    La dimension de l’exploitation a augmenté assez vite en deux étapes (une rallonge à partir de 2012 puis dans le cadre de l’installation de Benjamin) pour atteindre une référence de 1 120 000 litres. En parallèle, les surfaces en prairies ont pris beaucoup de place.

    Après avoir suivi des formations organisées par Pâture Sens, les 30 hectares qui étaient accessibles aux vaches laitières ont été divisés en paddocks d’un hectare chacun, proposés en deux fois pour 24 heures. « Nous avons créé des entrées et des sorties pour chaque paddock (à part pour ceux des extrémités) et en déplaçant les points d’eau, les accès s’abîment beaucoup moins » précise Yohann. Les clôtures sont en high tensile sur les extérieurs, fil nylon et piquets fibre à l’intérieur. Des chemins pour tout desservir ont été dessinés. C’était parti pour le pâturage tournant dynamique.

    De l’autre côté de la route, sur le site repris à l’installation de Benjamin, une stabulation de 140 places a été construite et la quarantaine d’hectares accessibles a été semée en prairies.

    « En peu de temps, les 72 hectares accessibles ont été rénovés : ce sont maintenant tous de jeunes prairies, que l’on souhaite faire vieillir » explique Yohann. Elles sont à base d’un mélange ray-grass anglais et trèfle blanc, avec plusieurs sortes de trèfles et un peu de fétuque des prés et de fléole. « Une petite surface entre en rotation avec un méteil triticale pois qui est le plus souvent ensilé. » Une partie de ces prairies est un peu plus orientée sur la fauche, avec plus de ray-grass hybride et trèfle violet. Il y a aussi dans ces surfaces une quinzaine d’hectares de prairies permanentes. Les prairies non accessibles aux vaches laitières sont en plusieurs îlots : un de 3,5 hectares et un autre de 2,5 hectares sont conduits au fil avant dans des couloirs pour les génisses. « C’est une sorte de techno avec en entrée de chaque couloir un râtelier avec du foin assez fibreux et des minéraux. » Un autre de 8 hectares est coupé en deux avec un fil au milieu et conduit au fil avant et fil arrière.

    « En arrivant sur l’élevage, je n’avais aucune référence sur les prairies et le pâturage » se rappelle Yohann. « C’est d’abord beaucoup de boulot à la mise en place du système. Une journée de formation sur les clôtures est bien utile avant de se lancer. C’est important que les clôtures fonctionnent bien et durent dans le temps. » Yohann est maintenant autonome pour faire son tour d’herbe hebdomadaire et caler le planning de pâturage. Ce n’est pas toujours facile, notamment l’été.

    « La courbe de pousse de l’herbe sur notre élevage se creuse bien sur l’été ». Ce n’était pas un sujet en 2021, mais les années 2019 et 2020 ont été moins simples. « Le pâturage a peut-être représenté 20 % seulement de la ration sur l’été. Mais on avait des stocks. »

    Les récoltes faites dans les prairies accessibles sont souvent sous forme d’enrubannage. Mais les éleveurs essaient de faire davantage d’ensilages, tout en continuer à récolter de façon régulière pour conserver les décalages de pousse. « Il faudrait pour que ça soit plus facile réorganiser les silos car pour l’instant un grand silo de 14 m de large et on hésite à le rouvrir souvent. » Les éleveurs fauchent, andainent et fanent, et une entreprise vient ensiler avec une autochargeuse ; c’est plus facile pour faire des petits chantiers même si un peu plus cher, et il n’y a pas besoin d’aller rendre les journées de travail aux voisins – ce qui est très sympa mais chronophage. « On commence aussi à faire une récolte en foin pour diversifier la vie du sol tous les cinq ans. »

    Le système est encore en pleine évolution, donc les réglages de précision ne sont pas encore à l’ordre du jour : les éleveurs ont décidé de passer en bio, et ils livrent du lait certifié depuis novembre 2021. En même temps, ils doivent assurer un certain niveau de productivité à hauteur des investissements réalisés, notamment la construction de la stabulation de 140 places. « On produira je pense entre 900 000 et 1 000 000 de litres de lait par an en bio. On souhaite maintenir le niveau de production des vaches autour de 7 000 litres. On continue à faire 20 ha de maïs épi en bio, qui fournit à peu près en moyenne 3 kgMS/vache/jour. La priorité est de sécuriser la conduite alimentaire entre les vêlages et la fin de la reproduction au printemps. » Yohann constate en effet qu’il y a des progrès à faire sur cette phase d’élevage.

    Le troupeau est pour l’instant conduit en deux périodes de vêlage, et les éleveurs veulent aller vers des vêlages groupés de printemps « pour pouvoir fermer la salle de traite mi-décembre, et n’avoir en bâtiment que des vaches taries à moindres besoins. » Actuellement, toutes les vaches vêlant à l’automne sont inséminées en race Blanc Bleu, et tous leurs veaux, mâles et femelles, sont vendues à l’âge de deux ou trois semaines. Et toutes les vaches vêlant au printemps sont inséminées en race Hostein. Vingt-cinq femelles nées au printemps sont élevées chaque année. « Depuis trois ans, elles sont élevées par des vaches nourrices qui sont des vaches de notre troupeau, avec à peu près trois veaux par nourrice. Nous ne sommes pas encore très au point sur la première année d’élevage. »

    Les éleveurs ont déjà lançé plusieurs autres projets : ils ont commencé à planter en agroforesterie l’hiver dernier une petite surface. « En plus du confort pour les génisses au pâturage, cela participera à réguler la pousse de l’herbe sur l’année. » Et ils projettent aussi de changer de race.

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