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    Du sevrage à l’agnelage, le 100 % pâturage, ça marche ?

    Comment établir un plan d’alimentation ?

    Avant de commencer, il faut savoir que toutes les données exprimées en % de poids vif sont à calculer par rapport au poids de la brebis en NEC 3 à l’automne.

    Le plan d’alimentation doit être établi et actualisé au fil de l’année. À chaque fois, 3 points sont à évaluer :

    1. Quelle alimentation avons-nous ?
    2. Quels sont les objectifs de performance animale ?
    3. Quels sont mes besoins alimentaires ?

    Le plan d’alimentation se décline en trois niveaux :

    1. Estimer le nombre de jours de pâturage par paddock.
    2. Mise en place d’un planning de rotation.
    3. Compiler tous les besoins dans le plan d’alimentation de l’exploitation.

    Ce que nous devons savoir :

    • la surface de tous les paddocks et de l’exploitation globale,
    • la capacité de mesurer la quantité de biomasse dans les prairies et intercultures,
    • les pousses moyennes des paddocks sur cette saison,
    • les besoins alimentaires du troupeau.

    Voyons maintenant les étapes de la gestion de l’alimentation, du sevrage jusqu’à l’agnelage.

    L’alimentation, du sevrage jusqu’à la lutte

    Brebis à l’entretien dans les stocks sur pied. Source : Mouchard Pierre-Moran

    Bien souvent négligée, cette période peut avoir un fort impact sur la productivité du troupeau en N+1 puisqu’elle va conditionner l’état corporel des brebis à la mise en lutte (cf. article sur la lutte). Les mois de juillet, août et septembre (voire octobre suivant les zones) sont concernés. Durant cette phase, la pousse des prairies est stoppée ou presque et la qualité de la flore est au plus bas. Les brebis rejoignent les stocks sur pied d’herbe, constitués au printemps dans les paddocks écartés de la rotation et les « refus » possibles laissés lors du dernier tour de pâturage avant sevrage. La qualité de ces derniers va évoluer au cours des mois de juillet et août. Bien souvent, dans les zones sèches, les stocks sur pied offrent une herbe de bonne qualité, verte et fraîche sur le mois de juin (post-sevrage), permettant d’améliorer l’état corporel des brebis. De juillet jusqu’à fin août, les pluies sont rarement suffisantes pour relancer la pousse des prairies. Les fortes chaleurs dessèchent les stocks sur pied, ne laissant que de l’herbe sèche, suffisante pour le besoin des brebis à l’entretien, si l’on respecte néanmoins certaines règles :

    1. Ne pas perdre d’état corporel ! Garder en tête l’objectif de 3-3,5 de NEC à la lutte. À noter que ce système demande d’avoir une brebis adaptée. Les races très bouchères, issues de schémas de sélection d’élevage en bergerie, ne tiendront pas.
    2. Maintenir des rotations : ce n’est pas parce que la période de production est terminée qu’il faut stopper les rotations. Maintenir des rotations de trois jours maximum permet d’assurer une qualité homogène dans la ration des brebis. Si elles restent trois semaines ou plus dans le même paddock, elles mangeront le meilleur du stock sur pied la première semaine, puis le moins bon les deux semaines restantes. Or pendant ces deux dernières semaines, les brebis risquent de perdre de l’état corporel qui sera difficile à rattraper avant la lutte.
    3. Obtenir un bon résiduel à la sortie. Il est important de sortir du paddock avec un résiduel de 1300-1400 kg de MS/ha afin d’assurer une repousse de qualité au retour des pluies. Ce résiduel est plus facilement atteignable en trois jours maximum par paddock qu’en pâturage continu.

    Comment être sûr que son troupeau est suffisamment nourri ?

    Durant cette période, la brebis a des besoins limités. Son besoin d’ingestion est de 2 % de son poids vif. Par exemple, une brebis de 65 kg a besoin d’ingérer quotidiennement 1,3 kg de MS d’une valeur de 10 à 11 MJEM. À noter qu’il faut augmenter de 15 % cette donnée si le troupeau pâture dans des zones au relief accidenté. L’autre indicateur peut être l’état corporel de l’animal.

    La météo du mois de septembre est souvent incertaine. Étudions les deux hypothèses possibles en ayant en vue une mise en lutte au 5 octobre.

    1. Un mois de septembre humide et poussant

      Pâturage des repousses de septembre

      Les paddocks pâturés pendant l’été vont avoir une repousse de qualité grâce au résiduel bien maîtrisé au dernier passage. Les brebis vont continuer de pâturer les stocks sur pied restants en augmentant légèrement leur ingestion : de 2 %, nous passons à 2,5 % de besoin d’ingestion par rapport au poids vif. Suite à la NEC, les brebis n’ayant toujours pas atteint la note de 3 seront écartées et conduites séparément. S’il y a de la repousse verte dans les stocks sur pied, elles peuvent pâturer en priorité devant le reste du troupeau pour regagner tant bien que mal de l’état corporel. 14 jours avant la mise au bélier, elles doivent bénéficier d’un flushing, à savoir une amélioration de la qualité et de la quantité de l’offre alimentaire : 3 à 3,7 % d’ingestion par rapport au poids vif, soit 1,95 kg à 2,4 kg de MS/jour pour une flore de qualité. Suivant l’offre alimentaire disponible, tout le troupeau peut bénéficier d’un flushing 2 semaines avant la mise en lutte.

    2. Un mois de septembre sec

      Pâturage de septembre en conditions sèches

      Si la repousse ne débute que fin septembre, un flushing ne sera pas possible. Les brebis n’étant pas en NEC 3 ne pourront pas assurer un bon agnelage et une bonne lactation en N+1. Deux choix s’offrent à vous : les vendre ou les complémenter avec du fourrage de bonne qualité ou de l’aliment concentré. Les repousses doivent être conservées pour la lutte, les brebis vont continuer de pâturer les stocks sur pied jusqu’à la mise au bélier.

    Durant cette période, il est important de visualiser l’ordre de priorité des différentes classes de cheptel sur l’exploitation.

    1. Agnelles de renouvellement
    2. Brebis en dessous de NEC 3
    3. Brebis qui seront utilisées pour le renouvellement du troupeau
    4. Agneaux en finition et le troupeau produisant les agneaux de boucherie

    La lutte

    La lutte va conditionner les résultats techniques et économiques de l’année suivante. Pour assurer sa réussite, l’alimentation est une étape clé. Elle se fait naturellement à une période où l’herbe est de qualité, assurant une alimentation suffisante pour obtenir de bons résultats techniques. Le besoin d’ingestion est de 2,5 % à 3,1 % suivant l’état corporel des brebis et la qualité de la flore, soit 1,62 kg à 2 kg de MS/jour et par brebis. Attention au pâturage des légumineuses en flushing et en lutte, ces dernières pouvant causer de graves problèmes de fertilité et de prolificité.

    Les phytoestrogènes et le coumestrol

    Le coumestrol est un phytoestrogènes possédant une structure chimique semblable à l’œstradiol, une hormone fabriquée naturellement par les ovaires de la femelle. Il est produit par la plante en cas de maladie (attaque d’insecte, de champignon, etc.). Les phytoestrogènes miment l’action de l’œstradiol, mais leurs effets ne sont pas nécessairement identiques, causant ainsi des problèmes de fertilité chez l’animal consommant un fourrage ayant une forte teneur en phytoestrogènes. Ce sont les légumineuses qui en possèdent le plus. La luzerne et le trèfle violet sont les plantes à risque dans nos systèmes (pas de problème avec le trèfle blanc). Le trèfle violet est à bannir du pâturage avant et pendant la lutte puisqu’il cause de graves problèmes de fertilité. Procéder au flushing et à la lutte en pâturage pur impacterait le taux d’ovulation de 30 % en moyenne. Il faut noter que le taux d’œstrogène augmente en cas d’attaque d’insecte, si la pousse est vieille ou après une maladie.
    Concernant la luzerne, très utilisée dans les exploitations en zone séchante, son exploitation peut être compliquée en période de reproduction. Comme vu plus haut, les légumineuses peuvent impacter le taux d’ovulation, entraînant une baisse du nombre d’agneaux à l’échographie. Or dans une bonne partie des zones d’élevage ovin en France, la fin de l’été et l’automne sont souvent secs. La luzerne reste donc la seule plante verte à ce stade sur la ferme. Comment l’exploiter ?

    Les règles de pâturage de la luzerne

    • Si la luzerne est malade, retirez les brebis deux semaines avant la mise en lutte pour leur faire pâturer des prairies sans risque de phytoestrogènes (donc pas de légumineuses malades).
    • Si vos brebis sont en reprise de poids pendant le pâturage de la luzerne en flushing ou en lutte, le taux d’ovulation ne sera probablement pas réduit.
    • Si vous n’avez que de la luzerne à pâturer (à cause de la sécheresse), les résultats seront probablement les mêmes que si les brebis pâturaient les stocks sur pied des prairies ayant comme base des graminées.

    Milieu de gestation

    Une fois la lutte terminée, il faut actualiser le plan d’alimentation jusqu’à l’agnelage. La NEC d’avant-lutte a déjà permis d’établir le plan d’alimentation pour l’hiver et il sera actualisé suite à l’échographie. Durant cette période, il est important de maîtriser l’ingestion préconisée pour ne pas se retrouver en déficit alimentaire à la fin de la gestation. Le besoin représente 2 % du poids vif, soit 1,3 kg de MS.

    Deux tontes sont réalisées durant l’année : une en juin et une en hiver. Cette dernière étant une étape importante qui doit être maniée avec précaution. Elle a lieu entre 75 et 100 jours après le début de la lutte ; elle doit se faire au sabot afin de laisser une fine épaisseur de laine et il faut s’assurer que du beau temps est prévu dans les jours qui suivent la tonte (attention aux grosses pluies, au froid, à la neige, aux vents violents, etc.). En altitude ou dans les zones froides de la France en hiver, une tonte en automne (septembre) peut être une bonne option pour éviter les problèmes sanitaires en cas d’hiver rigoureux (notamment en zone de plaine où il n’y a aucun abri naturel).

    L’échographie aura lieu durant cette période (85 à 100 jours après le début de la lutte) afin d’identifier la taille de portée et le cycle de fécondation. Les multiples en dessous de NEC 3 seront triés et prioritaires pour l’alimentation afin d’assurer un bon poids des agneaux à la naissance et un faible taux de mortalité. Pour ce faire, il suffit d’augmenter la quantité d’herbe ingérée quotidiennement.

    Fin de gestation

    40 jours avant la date du premier agnelage, toutes les brebis multiples sont prioritaires. La quantité ingérée passe de 2 % du poids vif à 2,4 % de 40 à 15 jours avant l’agnelage, puis à 2,6 % durant les 15 derniers jours. Au vu de cette augmentation de l’ingestion, il est important de garder les brebis fécondées au deuxième cycle dans un autre lot pour ne pas surnourrir inutilement.

    Attention de ne pas surnourrir les brebis simples, le risque étant d’avoir des agneaux trop gros à l’agnelage. Les simples doivent pâturer les paddocks les moins bons qualitativement et quantitativement.

    Sur cette période, ne pas descendre en dessous des 1000 kg de MS/ha en résiduel de sortie, au risque de pénaliser l’ingestion du troupeau.

    La fin de la gestation est une période critique : le développement du fœtus et la qualité du colostrum sont en jeu. La brebis ne peut pas reprendre d’état corporel, puisque tout ce qui est ingéré est alloué à son entretien et à la croissance du fœtus.

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    Pierre-Moran Mouchardhttp://www.paturesens.com
    Passionné par l'élevage ovin depuis mon enfance, j'ai rejoins Paturesens en 2017. Depuis je sillonne la France à la rencontre des éleveurs pour les accompagner dans le développement des systèmes pâturant. En parallèle, j'élève 400 brebis en plein air intégral dans le nord du Puy de Dôme (700m), sur la fin du plateau des combrailles, une zone séchante et à faible potentiel où la production ovine est la plus adaptée. L'objectif : produire en adéquation avec le potentiel herbager de mon exploitation pour allier rentabilité, durabilité et qualité de vie.

    REDACTEUR

    Pierre-Moran Mouchardhttp://www.paturesens.com
    Passionné par l'élevage ovin depuis mon enfance, j'ai rejoins Paturesens en 2017. Depuis je sillonne la France à la rencontre des éleveurs pour les accompagner dans le développement des systèmes pâturant. En parallèle, j'élève 400 brebis en plein air intégral dans le nord du Puy de Dôme (700m), sur la fin du plateau des combrailles, une zone séchante et à faible potentiel où la production ovine est la plus adaptée. L'objectif : produire en adéquation avec le potentiel herbager de mon exploitation pour allier rentabilité, durabilité et qualité de vie.